ACTUALITÉ

ACTUALITÉ

Comment un accident de vie a donné du sens à ma carrière ?

by | Jan 14, 2020 | Publication

En tant que coach, je demande souvent à mes clients de dresser le bilan des années passées. Il arrive en effet fréquemment qu’un coaché se sente insatisfait de sa situation actuelle alors que s’il considère sa trajectoire dans son ensemble, il sera alors beaucoup plus conscient de ce qu’il a accompli.

Plonger dans son passé est donc un exercice puissant qui nous permet de nous reconnecter avec notre histoire. J’ai donc décidé de me plier à cet exercice pour la décade passée. Etes-vous prêt à me suivre pour ce voyage dans le passé ?

Retour sur la décade passée

Retour donc il y a 10 ans, début 2010. Qui étais-je à 33 ans ? Une jeune femme, expatriée à Singapour, alliant carrière et un premier enfant. Je suis risk Manager en banque privée et ma carrière est « exemplaire » : Sciences-Po, audit, banque privée…

2011. L’année est rythmée par les tentatives pour avoir un second enfant. Après des difficultés que, comme beaucoup de jeunes femmes j’ai passé sous silence, j’attends finalement une petite fille née en 2012.

2012. Je reprends le travail. Un an après la naissance de ma fille, à ma grande surprise, j’attends un troisième enfant. Cette décennie a donc été celle qui a transformé mon noyau familial de trois personnes en une tribu de cinq ! Je suis comblée !

2013. C’est l’année de la naissance de mon troisième enfant ainsi que l’année où j’ai posé la première pierre d’une transformation totale dans ma vie. Mais ce processus a commencé de manière très douloureuse puisque je découvre, enceinte de 7 mois, que j’ai un cancer du sein. Les pronostics ne sont pas en ma faveur … Je donne naissance prématurément à mon fils afin de pouvoir commencer mes traitements.

2014. Cette année reste un grand trou noir. Je débute un parcours de soin qui prendra fin en 2017. J’ai souvent eu le sentiment d’être dans un univers parallèle, déconnectée des « autres », c’est-à-dire des bien-portants. Pourtant, c’est dans cette période que j’ai engagé un profond changement de vision sur le monde.

2015. Entre deux chirurgies reconstructrices, je reprends le travail avec un immense espoir : celui de reprendre ma vie là où la maladie l’avait volée deux ans plus tôt. Je vis toujours à Singapour et j’ai la chance de travailler pour une entreprise au comportement exemplaire et des managers bienveillants. Je retrouve donc mes responsabilités et mon équipe avec des horaires adaptés. Après deux ans sans autres repères que les RDV médicaux, c’est un vrai soulagement de retrouver un temps structuré et un espace familier … Le travail est toujours aussi intense et les collègues se plaignent des changements incessants mais j’ai le sentiment au contraire que tout est en place, immuable, presque rassurant … Les réorganisations ne sont que des épiphénomènes. L’entreprise est rachetée mais cela ne me stresse pas. En revanche, je lutte contre de gros problèmes de concentration. Petit à petit, je me rétablis physiquement mais mes capacités cognitives sont affaiblies. J’ai le sentiment étrange d’être à la fois présente et absente. Je commence à me poser la question de quoi faire de cette vie que je peux à nouveau envisager : continuer à travailler pour évoluer dans mes responsabilités ne me suffit plus. C’est quasiment du jour au lendemain que je démissionne. Dans une perspective de développement personnel, je décide de rejoindre une école de coaching dont l’enseignement est basé sur les neurosciences. J’étais loin de me douter à l’époque que je deviendrai coach !

2016. Je suis encore incapable de me projeter dans une carrière mais je décide de me donner du temps et de me consacrer à ce que j’aime. Avec l’aide d’une coach, je me lance dans un travail d’introspection. Un beau jour, je lui parle de cette petite collection de bijoux anciens que j’avais commencé à constituer des années avant. Je me mets à en acheter de nouveaux que j’avais vu ma grand-mère chiner. Des amies me poussent à en acheter pour elles et de fil en aiguille me voilà en train de constituer un petit business. Contre toute attente, je vis décemment de ce commerce. Mais ce n’est pas le plus important…  Grâce à cette activité, mes neurones se remettent en mouvement et je découvre l’envie de réaliser quelque chose qui me dépasse pour satisfaire des clients. Les bijoux ne me suffisent plus. Je coache occasionnellement depuis un an et les résultats obtenus par les coachés me donnent une satisfaction énorme. J’hésite à me lancer … Je prends pourtant déjà la décision que je créerai ma propre entreprise de coaching et conseil et qu’elle portera le nom d’ORISE, contraction du verbe anglais « rise » et du mot « horizon ».

2017. Notre expatriation prend fin. Gros retour en arrière avec un déménagement très bref en Suisse puis en France. De nouveau, je sens que je ne suis qu’un fétu de paille trimballé deci delà par les événements. Mais ma détermination ne flanche pas. Je revends mon commerce de bijoux. Je continue à me former et à affirmer ma pratique de coaching. Nous achetons une maison en France, en Alsace, la région de mon mari. Je décide de la rénover de bas en haut. C’est mon bastion, mon ancrage, l’endroit où mes enfants construiront leurs souvenirs d’enfance. Je sens que mon énergie revient.

2018. L’année où tout explose. Je crée ORISE Management et commence une mission d’accompagnement au changement et de coaching dans une grande banque. Cette mission durera un an. La richesse des échanges a été à la hauteur du challenge. Les coachings individuels s’enchainent. C’est l’année qui marque ma rémission officielle : les cinq ans après mon diagnostic. J’ai envie de partager mon parcours et crée une page Facebook appelée « C my NEW me : c’est mon nouveau moi avec ou après le cancer ». Je témoigne comment je me suis relevée du cancer. Je fais témoigner des amis. Très vite, de nombreux followers rejoignent cette page dédiée aux malades du cancer et à tous ceux qui se sont révélés dans un accident de vie. 100, 500, 1000 personnes et aujourd’hui nous sommes 3 300, plus de 100 personnes ont témoigné et j’ai rassemblé une équipe de 5 bénévoles. Cette réalisation est certainement une des grandes fiertés dans ma vie. J’ai créé “C my NEW me” avec ma conviction de coach que si on arrive à projeter une vision de soi, on peut lever ses blocages et être amené à réaliser les choses qu’on espérait et même au-delà ! Je me remets à la musique, j’apprends le piano et la comédie musicale. J’expérimente avec délice la neuroplasticité de mon cerveau à travers ces activités artistiques.

Retour à l’année dernière, 2019. Le coaching occupe ma vie jour et nuit. La journée, je pratique mon activité. Mes enfants ne se réveillent plus le soir mais je dors toujours peu car c’est le moment où je prends le temps de lire et réfléchir aux fondamentaux du coaching. J’élabore mes propres programmes et des outils de coaching originaux et impactants comme par exemple un jeu de carte à pratiquer en groupe. C’est aussi l’année où je me réconcilie avec mon histoire. Toujours avec beaucoup de difficulté car pour être honnête, je traîne toujours ce sentiment irrationnel que le cancer est un « échec ». Mais j’arrive à parler à visage découvert de cette expérience, notamment dans un TED Talk à Bâle. Je continue à développer mon entreprise auprès de mes clients particuliers ou corporate que je remercie pour leur confiance.

5 leçons que ces 10 années m’ont apprises

Ouf … C’est vertigineux de revenir sur ces dix années à la fois difficiles et fantastiques. Mais je retiens de cet exercice cinq leçons qui m’éclairent sur mon travail de coach.

Première leçon – Tout d’abord, je ne suis plus la jeune femme que j’étais à 33 ans, j’ai même parfois du mal à concevoir qu’il s’agit de moi lorsque je regarde des photos de moi à cet âge. Et il y a fort à parier que je serai de nouveau une autre femme dans 10 ans. Nos vies et nos carrières ne sont pas linéaires. Nous rencontrons tous des moments plus difficiles, voire de véritables ruptures. Apprendre à intégrer ces difficultés dans notre trajectoire de vie pour leur donner un sens donne une force incroyable. Dans l’adversité, des ressources insoupçonnées peuvent se révéler.

Deuxième leçon – J’ai découvert qu’il peut être plus long de se remettre d’une diminution de mes capacités cognitives que de surmonter qu’une incapacité physique. Je le vois très clairement en tant que coach avec des clients victimes de burn-out : ils se sentent souvent coupables de s’être effondrés alors que par ailleurs, « tout allait plutôt bien ». J’en tire comme leçon qu’il faut prendre le temps de se reconstruire en se disant que ce qu’on fait prendra sens ensuite. Dès que vous avez le sentiment de subir, il est temps de faire un pas de côté et de prendre le temps de retrouver quelle est votre mission de vie.

Troisième leçon – Etre capable de surmonter ses blocages est essentiel pour devenir acteur de votre propre vie. Nous sommes par nature adverse au changement. Dépasser ses blocages, c’est aussi se donner les moyens de relever de nouveaux challenges. C’est parfois plus simple de commencer par des étapes qui nous sommes plus accessibles (les bijoux en ce qui me concerne) pour reprendre confiance en soi.

Quatrième leçon – Trouver sa place dans ce monde est essentiel. Les accidents de vie nous coupent du monde. Or, savoir vivre en groupe est essentiel à notre bonheur, et ce, que nous soyons extravertis ou que nous ayons le besoin de nous ressourcer en solitaire. Dans l’entreprise, nous subissons un groupe que nous n’avons pas nécessairement choisi. Apprendre à échanger avec ce groupe pour pouvoir construire ensemble peut être une grande source de satisfaction. Pour cela, il faut pouvoir désamorcer les conflits de groupe qui ne sont souvent que la cristallisation de blocages vécus de part et d’autre. C’est pour cela que j’aime accompagner les équipes qui ne réalisent pas leur plein potentiel, car la satisfaction d’un groupe nourrit la satisfaction des individus qui le composent.

Cinquième leçon – Partager est essentiel. Vivre sans transmettre vos expériences, bonnes ou mauvaises c’est se priver d’un levier incroyable pour donner du sens à sa vie et nourrir sa mission de vie. Cela peut paraître insensé mais je ne suis pas sûre que je serais arrivée à réaliser ce chemin si je n’avais pas été malade. Je suis là où j’ai toujours voulu être : dans l’accompagnement humain et la recherche de solutions. Etre malade m’a forcée à prendre des décisions en dépit de mes craintes et de mes blocages. Et c’est cette force que je souhaite transmettre aux individus et entreprises que j’accompagne : surmonter des situations complexes et se donner les moyens de réaliser leurs ambitions. 

Merci d’avoir fait ce voyage dans le passé avec moi. Et vous, quels enseignements tirez-vous de ce petit exercice de « retour dans le passé » ?

0 Comments