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Femmes et leadership : vos différences sont vos meilleurs atouts

par | Mar 9, 2020 | 2020, Publication

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Hier, nous célébrions la journée internationale des femmes. La première « Journée internationale des femmes » a eu lieu en 1910 à l’initiative de femmes ouvrières socialistes qui luttaient contre les discriminations au travail. Il faudra attendre 1977 pour que l’ONU instigue cette journée pour l’ensemble de la planète. Il aura donc fallu 67 ans pour que les femmes obtiennent ne serait-ce que la reconnaissance de leur combat !

Ce qu’il ressort également de cette histoire, c’est que le combat des femmes a commencé au travail et en particulier dans les entreprises. D’abord porté par les ouvrières qui faisaient partie à l’époque des femmes les plus qualifiées, le travail est un vecteur d’émancipation féminine.

Alors où en sont les femmes dans le paysage professionnel actuel ? Et est-ce que l’environnement professionnel d’aujourd’hui favorise leur émancipation ?

Non, hommes et femmes, ce n’est pas le même combat … 

Pour pouvoir travailler correctement sur la question du leadership des femmes, il faut commencer par énoncer des vérités simples : hommes et femmes, nous ne sommes pas les mêmes.

Les neuroscientifiques ont mis en évidence que le cerveau des hommes et des femmes ont la même architecture. Ce qui diffère ce sont les hormones qui régissent les neurotransmetteurs. A ce jour, nul n’a pu démontrer la corrélation entre le rôle des hormones et le comportement.

En revanche, ce qui est avéré c’est que la construction de notre cerveau est façonnée par l’environnement social, affectif et culturel. Les femmes sont sorties de leurs foyers pour commencer à travailler en entreprise après la seconde guerre mondiale. Soixante-dix ans après, l’implication des femmes dans la vie de leur foyer est plus importante que celui des hommes et cela même quand les femmes occupent des fonctions à haute responsabilité et/ou des postes plus qualifiés que leur conjoint.

Entre les hormones féminines qui influent sur les neurotransmetteurs et la construction sociale du cerveau, reconnaissons qu’hommes et femmes ont des comportements qui leur sont spécifiques même si nous n’en comprenons pas encore les mécanismes. Mais, à mon sens, nous ne pouvons pas réfléchir sur le leadership au féminin si nous maintenons le mythe qu’hommes et femmes réagissent à l’identique dans leur environnement professionnel.

Abolir les différences hommes-femmes ne suffit pas 

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Les hommes ont créé les structures de management qui ont régi les entreprises depuis le paternalisme du 19ème siècle au management pyramidal et vertical du 20ème siècle. Ce management vertical trouve ses racines dans le fonctionnement de l’armée où étaient valorisés l’autorité, l’usage d’une voix forte, la déresponsabilisation de ceux jugés plus fragiles et les luttes de pouvoir. Il en ressort aujourd’hui qu’en entreprise, les managers hommes ont un comportement plus affirmé, sont plus à même d’imposer leur opinion, délèguent moins et rentrent plus dans les jeux politiques.

Face au management vertical, les femmes ont fait valoir l’inégalité des chances et les discriminations salariales dont elles sont victimes. Ce combat est légitime et avance, trop lentement mais il avance.

Dans les pays développés, l’éducation entre hommes et femmes est actuellement globalement identique et il y a même sensiblement plus de femmes qui font des études supérieures. La question de la différence des salaires est donc le point qui fait mal. « A compétences égales, salaires égaux » : toutes les études prouvent que ce n’est pas le cas et qu’il existe clairement une discrimination à ce niveau. La maternité reste un frein à l’avancement des carrières. Sans parler du problème du harcèlement au travail, moral ou sexuel.

Tout légitimes et nécessaires que soient ces combats, la question du leadership féminin doit voir au-delà de la parité hommes-femmes. Abolir des injustices est une chose, mais combattre pour défendre des valeurs est une autre. Alors quelles sont les valeurs défendues par les femmes en termes de leadership et comment porter haut et fort ces valeurs dans le paysage professionnel actuel ?

Une tendance favorable au développement du leadership féminin

Le leadership féminin ne colle pas aux structures hiérarchiques verticales qui ont prévalu depuis le 20ème siècle dans les entreprises. Et c’est une bonne chose ! Car les structures hiérarchiques verticales tendent à disparaître.

Les start-ups ont fait exploser ce modèle à partir des années 90. Elles sont passées de la micro-structure aux organisations développées sur plusieurs sites, voire plusieurs pays. Ce qui caractérise les start-ups aujourd’hui est le fait que le processus créatif est encouragé et que les process et procédures ne régissent pas les circuits de décision.

Les modèles de management en entreprise ont parallèlement évolué. Les grandes entreprises cherchent à mettre en place des systèmes de management conciliant flexibilité et homogénisation des pratiques. Libellées sous les termes scrum, agile, no-boss, etc … les nouveaux modèles de management sont plus souples et plus « flat ».

Le travail s’organise aussi différemment. Premier constat, le travail partiel continue de se développer. Ce qui pouvait constituer un frein dans l’avancement des carrières avant devient un avantage. Arrêt maternité, pause, travail partiel pour concilier travail et éducation des enfants : les femmes ont appris à gérer la discontinuité de leurs carrières. Or aujourd’hui, la sécurité des emplois décroit et là où les hommes prennent une interruption de carrière de plein fouet, les femmes seront beaucoup plus capables de s’adapter et rebondir. Deuxième constat, les carrières linéaires sont de plus en plus rares. Là encore, les hommes doivent se déprogrammer et apprendre à se réinventer à travers des expériences successives.

La capacité à rebondir et à enrichir son parcours d’expériences diverses commence à être de plus en plus valorisée même s’il reste encore du chemin à faire dans ce sens, Ce qu’on appelait avant les carrières atypiques passent du statut de « handicap » à celui d’atout … Il existe même des cabinets spécialisés dans le recrutement de ces carrières atypiques. Encore un domaine où les femmes peuvent se développer plus facilement que les hommes.

Le leadership féminin est mieux armé pour le monde de demain

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Dans un article publié en juin 2019 dans la Harvard Business R, les professeurs J. Zenger et J. Folkman ont mis en évidence que les femmes dépassaient significativement les hommes dans les compétences de leadership suivantes : la capacité d’initiative (56%), la résilience (55%), la capacité à se développer (55%), la recherche de résultat (54%), l’intégrité intellectuelle (54%), la capacité à développer, inspirer et motiver les autres (54%).

Il apparait très clairement que ces compétences sont celles qui sont les plus recherchées dans le management 3.0 du 21ème siècle. On peut regrouper ces compétences sous trois types d’intelligence au sens étymologique du terme, intelligere : mettre les choses en lien.

1/ L’intelligence collective

  • Là où avant il y avait des silos entre départements, les démarches collaboratives et inclusives se développent. Là où un département était incarné par un patron, se développent de nouvelles formes de management fonctionnelles et matricielles.
  • Les femmes démontrent sont plus à l’aise que les hommes dans le travail collaboratif où la délégation des initiatives et la décentralisation des décisions sont clef.

2/ L’intelligence émotionnelle

  • Là où avant les projets étaient bornés dès le début, on privilégie une approche plus expérimentale avec des processus de révision si la direction prise est erronée.
  • Les femmes démontrent qu’elles ont l’humilité nécessaire pour admettre la part d’erreur et savoir redresser la barre. A cet égard, avec l’application de processus où l’intelligence artificielle est utilisée, la valeur ajoutée de l’intelligence émotionnelle va primer de plus en plus.

3/ L’intelligence multipotentielle

  • Là où on demandait aux salariés d’appliquer des consignes, on leur demande de chercher des solutions.
  • Les femmes intègrent plus facilement que les problèmes doivent être traités de manière holistique en prenant en considération l’environnement, les personnalités des individus et leurs aspirations.

Un espace à investir pour le leadership féminin

Dans ces nouveaux modèles, structures, pratiques et organisations du travail, les femmes disposent d’un espace où elles peuvent développer leurs compétences, leurs atouts et leurs expériences. Elles ont pour avantage par rapport aux hommes qu’elles n’ont pas à se désapprendre ce que des décennies de management vertical leur ont inculqué.

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Pour investir cet espace les femmes doivent ouvrir le champ de leur combat. Réduire ce combat à l’obtention de postes à responsabilité ou de salaires à égalité avec les hommes n’est pas le seul chemin pour faire valoir leur cause. En revanche, continuer à développer le leadership féminin dans un monde professionnel qui leur est favorable est une autre voie qu’il convient d’investir de manière beaucoup plus consciente et militante pour devenir des « role models » pour nos filles qui nous suivent et toutes les générations de femmes qui nous succéderons.

Luz d’Ans est Executive Coach certifiée par l’ICF. Diplômée de Sciences-Po Paris, elle a travaillé pendant 15 ans dans des grand groupes internationaux en tant que Risk Manager en France, à Singapour et en Suisse. Elle est formée aux neurosciences appliquées au leadership (neuroleadership) et au coaching systémique d’entreprise. Elle accompagne les individus et les entreprises dans les défis de leurs transformations : projets complexes, upskilling des talents et reprise d’activité après un accident de vie.

Bibliographie :

·      Catherine Vidal, « Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? », 2007, Paris, Le Pommier.

·      Jack Zenger, Joseph Foklman, « Research. Women score higher than men in most leadership skills”, June 25 2019, Business Harvard review.

·      Luc Bretones, « Pourquoi le travail passera, dans le futur, par de nouvelles formes de gouvernance », 7 Août 2019, Business Harvard review France.

·      Tomas Chamorro-Premuzic, “As long as we associate leadership with masculinity women will be overlooked”, March 8 2019, Business Harvard review.

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